Video de Didier Mignot: Le château d'Albières

Le château médiéval d'Albières, connu depuis longtemps, est enveloppé d'une grande enceinte castrale assez bien conservé. Ce "document" archéologique de première importance, jusqu’ici inconnu et ne bénéficiant d'aucune protection, mérite une étude approfondie. Par ailleurs, il entoure des terrasses de cultures qui recouvrent vraisemblablement un habitat castral dont on devine la trame urbanistique.

Tenu par les seigneurs d'Auriac et probablement construit par l'archevêque de Narbonne, cet ensemble est un témoin exceptionnellement conservé d'enceinte villageoise du XII siècle, avec modification du château au XIII siècle.

GÉOGRAPHIE ET RELIEF

Le village d'Albières est situé dans le massif primaire de Mouthoumet constitué de roches paléozoïques formant le substratum du secondaire des Corbières Ce plateau est géologiquement très complexe, le caractère sec du massif de Mouthoumet apparaissant comme un facteur limitant le développement de cette région. Albières n'échappe pas à cette règle et, calcaires, schistes et grès primaires très durs forment son sous-sol. Ce dernier est recouvert d'une mince couche de terre arable, souvent fertile mais qui, à part dans le fond des vallées où elle est épaisse, se dessèche très vile pendant les mois d'été aux pluies rares, compromettant gravement les récoltes el notamment les herbages.

La commune d'Albières a pour limites celle d'Arques â I ‘Ouest , celle de Fourlou au Sud, les communes d'Auriac et Lanet à I ‘Est, et celle de Bouisse au Nord. Â la limite du Territoire de Fourtou se trouve la montagne du Pech (en occitan le Moural dal Pech) qui culmine à 840 mètres et au Nord, près de Bouisse, se situe Corne Bouquîne qui s'élève à716 mètres d'altitude. Cette dernière appellation a donné lieu à une interprétation un peu puérile qui s'attache à une vieille légende dans la mémoire orale : il y eut, à une époque indéterminée, une guerre entre Espagnols et Français. Du haut de cette montagne, un homme surveillait les environs el sonnait du cor à l'approche de I’ennemi, d'où I ‘appellation de Corne Bouquine. Il vaudrait peut-être mieux voir là un fait se rapportant à la croisade.

Les montagnes du Pech et de Corne Bouquine sont orientées Est-Ouest et délimitent le terroir d'Albières au Sud et au Nord. Tout en venant mourir sur la commune d’Auriac, à l’Est. Entre ces deux montagnes, trois vallées étroites partent du Col du Paradis et se rejoignent à la limite est du territoire de Saint-Just, à environ 1500 m du village d’Albières. Ces vallées sont drainées par un ruisseau, parfois un simple ru : ainsi les ruisseaux de Saint-Just, de Capsigné, du Carla el de Lauzi se rencontrent pour n'en former qu'un seul, le ruisseau d’Albières, de son vrai nom le ruisseau du Carla. Au pied de la montagne de Corne Bouquine, il existe une autre vallée dans le fond de laquelle coule le ruisseau de Coume Douzilière : il est I'affluent de celui d'Albières el ces deux cours d'eau, après avoir creusé de profondes gorges absolument impraticables à cet endroit, délimitent un éperon rocheux constitué de grès primaire très dur. C'est Sur cette éminence qu'a été construit le castrum d'Albières. La pierre qui a servi à sa construction fut extraite sur place car les traces d'exploitation de la carrière sont encore visibles.

L'édification d'un tel castrum n'est pas le fait du hasard puisqu'il contrôlait deux voies de communication : I'une, venant du Fenouillèdes, allait jusqu'au Razès en passant notamment par Auriac. L'autre, allait de Narbonne â Arques en passant par Mouthoumet el aurait été difficilement contrôlable depuis le château d'Auriac. Ainsi, de par sa position sur les marches du Termenès et du Razès, le Castrum d’Albières était le verrou de ces deux axes nord-Sud et Est-Ouest.

HISTORIQUE

D'après G. Langlois, le castellum d'Auriac est mentionné par les textes à partir de 1028 : il relevait alors des comtes de Carcassonne et en 1070, Rengarde, comtesse de Carcassonne, consenti dans son traité avec Raymond, comte de Barcelone, la vente du château d'Auriac el de ses appartenances. La véritable souveraineté appartenait en fait à I ‘archevêque de Narbonne comme cela est corfirmé dans la bulle du pape Pascal II de 1107 et dans un hommage fait en 1120 par Benar-Aton, vicomte de Carcassonne.
Le château d Auriac était cependant déjà mentionné dans les textes avant 1107 car l’inventaire Roques énonce que " les privilèges royaux sont confirmés par le roi en l'an 922, le château d'Auriac appartient aux archevêques de Narbonne ". Si nous nous attardons autant sur Auriac c'est que son histoire est intimement liée à celle d'Albières, les droits seigneuriaux sont détenus par I’ archevêque tant pour Auriac que pour Albières et en 1131 le seigneur d'Auriac prête hommage pour le village d'Albières et celui de Saint-Just.

Si la preuve de l'existence d'un habitat â Sainl-Just est malaisée, la date de création du castrum d'Albières l'est tout autant. On s'interroge également sur l'origine de son peuplement : provenait-il d'habitats dispersés voisins ou bien s'agissait-il de colons venus de différentes régions ?
Toutes ces questions restent pour l’instant sans réponses.
On peut tout juste avancer I’ idée que la construction d'un castrum de cette importance impliquait de la part de son commanditaire des moyens financiers substantiels.